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Exposition "à la vie, à la mort", entretien avec Yvan Brohard : Joelle Verain

22 Février 2015 , Rédigé par infoetsecret.com Publié dans #JOELLE VERAIN

Entretien avec Monsieur Yvan Brohard, chargé de mission Art & Science de l’Université Paris Descartes autour de l'exposition : " A la vie, à la mort - Objets et rites de protection dans la Chine ancienne " présentée à l’occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine, jusqu'au 15 mars 2015, au musée d'Histoire de la Médecine de Paris. La protection, qu’elle soit individuelle ou collective, a toujours été au coeur des préoccupations humaines. Protection des vivants, mais aussi protection des morts pour leur assurer un salut éternel, marquent la culture chinoise, culture complexe d’un monde harmonieusement partagé entre pensée confucéenne, taoïsme et bouddhisme. Les statues domestiques ou de temple nous laissent découvrir un panthéon à la richesse infinie mêlant bouddha et surtout guanyin ou bodhisattva - sortes d’anges gardiens vénérés comme des bienfaiteurs de l’humanité - aux dieux taoïstes avec lesquels on compose, que l’on charge de présents pour qu’ils guérissent, préservent de la maladie, assurent la prospérité, protègent de la guerre et de tous les fléaux… Quant aux mingqi, ces figurines de terre cuite, de bronze, parfois de bois qui peuplent les sépultures, ils ont pour rôle essentiel de permettre aux défunts la poursuite dans l’au-delà d’une seconde vie, comparable à celle qu’ils ont eue sur terre. Les feu-dignitaires civils ou militaires sont ainsi entourés de leurs servantes, de leurs armées, de leurs chevaux…, ceux qui ont été marchands, d’une évocation réaliste des longues caravanes de la route de la soie qui les ont enrichis… Ces mingqi se doivent d’accompagner l’âme des morts afin qu’elle ne se perde pas dans un “maléfique esprit errant”; plus encore, certains d’entre eux à l’aspect menaçant, aux traits exagérés, les lokapala ou gardiens ont pour mission de la protéger des démons mais aussi de l’empêcher de s’échapper définitivement de la tombe. Cette association permanente de la vie et de la mort s’exprime pleinement dans le culte des ancêtres, intercesseurs privilégiés entre leurs descendants et les dieux ; des ancêtres honorés et nourris par d’innombrables offrandes, en particulier lors du Nouvel An. Remontant aux textes confucéens, ce culte exprime les fondements d’une pensée prônant une morale de paix, préconisant un humanisme tourné vers le respect, la piété filiale, une mansuétude et une bienveillance envers les autres ainsi qu’une exigence sans limite envers soi-même. La mort n’est là que pour valoriser la vie ! Aussi, l’esprit des ancêtres, illustration de cette parfaite symbiose entre la vie et la mort, est-il là pour guider les hommes dans leur vie terrestre, leur rappeler sans cesse le chemin à suivre, et pour tous ceux qui s’y conforment, leur apporter une éminente protection ainsi que la Sagesse.

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